Le traducteur d’une longue série tient un carnet : qui est qui, comment s’appelle chaque lieu, quels mots inventés ont été gardés, qui tutoie qui. Les éditeurs appellent cela la bible de la série. Sans elle, le tome 4 contredit le tome 1, et personne ne s’en aperçoit avant un lecteur.
Quand la traduction est assistée par un modèle de langue, la bible n’est plus un aide-mémoire personnel : c’est la seule mémoire de la traduction. Le modèle oublie tout d’un passage à l’autre. Ce qui n’est pas écrit dans la bible n’existe pas pour lui.
Voici ce que doit contenir la bible de traduction d’une série, et comment Libris Translate la construit et la tient à jour.
Les personnages : une fiche par personne, pas par nom
Pour chaque personnage, une bible de traduction demande plus qu’un nom :
- le nom canonique et tous les alias, titres ou surnoms ;
- les pronoms et le genre, surtout quand la langue source ne les marque pas ;
- les relations avec les autres personnages ;
- la façon de parler et le registre, qui décident de l’écriture de ses répliques ;
- des notes de traduction : un jeu de mots dans le nom, un nom qui doit rester étranger.
Dans Libris Translate, l’analyse de chaque volume propose ces fiches ; vous les corrigez et les validez. Dans une série, l’onglet Identités rassemble les fiches de tous les volumes. Quand deux volumes ont créé deux fiches pour une même personne, « Fusionner… » les regroupe ; « Séparer… » dédouble une fiche qui mélange deux personnes. Chacune de ces décisions est inscrite au journal de la série.
Les lieux et les termes : un glossaire commun à tous les volumes
Lieux, institutions, titres, objets et mots inventés : tout ce qui doit se traduire partout de la même façon entre dans un glossaire, sous la forme d’un terme source et de sa traduction.
Une série a son propre glossaire dans Libris Translate. Les termes acceptés au niveau de la série s’imposent à chaque volume suivant, sauf si un volume garde explicitement sa propre traduction ; « Dérogations des volumes » liste ces exceptions. Quand plusieurs séries partagent un même univers, elles peuvent toutes suivre un glossaire partagé.
Quand un terme existe à plusieurs niveaux, la priorité va du livre à la série, puis au glossaire partagé. Un terme verrouillé d’un niveau plus large l’emporte encore sur un terme non verrouillé que l’analyse a proposé pour un volume ; une décision prise par une personne pour un volume ou pour la série l’emporte toujours.
Si une traduction publiée des premiers tomes existe, ne la ressaisissez pas. Libris Translate importe des glossaires en JSON, CSV ou TBX, avec un aperçu avant tout enregistrement, et peut tirer des termes d’un fichier TMX ou d’un livre et de sa traduction publiée.
Le style : décidé une fois pour la série
Certains choix ne sont ni des noms ni des termes, mais doivent tenir d’un tome à l’autre : temps du récit, tutoiement ou vouvoiement, sort des honorifiques, typographie des dialogues, registre, gros mots.
La fiche de style de la série les fixe pour tous les volumes. Un volume affiche « Hérité de la série » tant que vous ne réglez pas un champ pour lui seul, par exemple pour un tome raconté par un enfant. Sous « Qui se tutoie, qui se vouvoie », chaque paire de personnages dont la forme d’adresse s’écarte de la règle générale a sa ligne.
L’ordre : un volume ne sait que ce qui précède
La bible d’une série cache un piège propre à la traduction : elle connaît la fin. Si le tome 3 est traduit avec tout ce que la série révélera au tome 5, la traduction peut trahir le rebondissement par un pronom, un titre ou une relation.
Dans Libris Translate, un volume ne reçoit que la mémoire des volumes qui le précèdent dans l’ordre de lecture, fixé par les numéros des volumes. Vérifier cet ordre dans l’onglet Volumes fait donc partie de la construction de la bible.
Auditer la bible, pas seulement la traduction
La bible dérive à mesure que les tomes s’ajoutent : un terme traduit de deux façons, un personnage avec deux genres. L’onglet Cohérence d’une série compare ce qui est enregistré pour chaque volume (glossaires, identités, genres, fiches de style et passages traduits) et liste les Contradictions et les points À regarder. L’audit n’appelle aucun modèle : le relancer ne coûte rien. Quand un résultat peut être aligné, « Appliquer à toute la série » le fait, sans toucher aux volumes qui ont pris une décision explicite.
Par où commencer
Commencez par le premier tome : analysez-le, corrigez ses personnages et son glossaire, réglez la fiche de style au niveau de la série. Ajoutez ensuite les tomes suivants dans l’ordre. La bible grandit avec la série, et chaque décision prise est une décision que le modèle n’aura plus jamais à deviner.
Pour aller plus loin : Séries et volumes, Cohérence de série, Fiche de style et Reprendre une traduction existante.