Confiez un roman à un modèle de langue, chapitre après chapitre : les premiers chapitres se lisent bien. Les ennuis arrivent vers le dixième. « Le Gardien » devient « le Veilleur », un surnom traduit une fois reste en anglais la fois suivante, une capitaine perd son grade. Chaque passage, pris seul, est une traduction correcte. Le livre, lu d’une traite, ne l’est pas.
La cause est simple : le modèle ne voit que ce qu’on lui donne, le passage en cours et, au mieux, quelques lignes de contexte. Il ne se souvient pas de ce qu’il a décidé trois cents pages plus tôt. La cohérence ne vient pas d’un meilleur modèle ; elle vient des décisions déjà prises, transmises à chaque passage, puis vérifiées dans le texte traduit.
Voici la méthode appliquée par Libris Translate. Elle vaut aussi avec un autre outil.
Lire tout le livre avant d’en traduire une ligne
La bonne traduction d’un nom dépend souvent de la suite : un titre qui se révèle être un nom de famille, deux surnoms qui désignent la même personne, un lieu qui donne son nom à un ordre. Traduire le premier chapitre avant d’avoir lu le dernier, c’est décider à l’aveugle.
Libris Translate analyse donc chaque passage d’un volume avant de traduire le premier. L’analyse produit la Book Bible, les fiches des personnages et des propositions de glossaire : dès le premier passage, la traduction dispose de la liste complète des personnages et des termes. Si des passages s’ajoutent ensuite au volume, leur analyse est complétée avant que la traduction reprenne.
Faire de chaque nom une décision écrite
Pour chaque personnage, lieu, institution ou objet inventé, décidez une fois pour toutes : garder, traduire ou adapter. Puis notez cette décision là où la traduction la lira.
Dans Libris Translate, cet endroit est le glossaire. L’analyse propose des termes ; vous corrigez la traduction, puis cochez Accepté ou Verrouillé. « Ajouter et verrouiller » ajoute un terme de votre cru. Un terme verrouillé, « Keeper » → « gardien » par exemple, accompagne chaque passage où il apparaît.
Commencez par les noms qui portent l’histoire : ceux des personnages principaux, ceux qui reviennent à chaque chapitre, et ceux dont le sens compte (un « Tide Council » que le lecteur doit comprendre, donc « Conseil des marées »).
Rattacher chaque alias à une seule personne
Un nom voyage rarement seul. « Mara », « Capitaine Mara » et « la capitaine » peuvent être une seule personne ; « le vieil homme » peut en désigner deux. Si la traduction les prend pour des personnages distincts, elle ne peut garder ni leur registre, ni leur genre, ni le tutoiement ou le vouvoiement qu’on leur adresse.
Les fiches de personnage de Libris Translate portent un nom canonique, des alias, des pronoms, des relations, une façon de parler et des notes de traduction. Dans l’onglet Personnages, « Confirmer la même personne » fusionne deux identités que l’analyse soupçonne d’être une seule ; les autres noms restent des alias. Un nom ressemblant ne prouve pas une identité commune : comparez les deux fiches avant de fusionner.
Une fois la fiche juste, « Enregistrer et valider ». Une fiche validée cesse d’apprendre : les analyses suivantes ne lui ajoutent plus ni relation, ni alias, ni description.
Vérifier le résultat, pas seulement la consigne
Demander à un modèle d’employer un terme ne garantit pas qu’il le fera. Après la traduction, chaque terme verrouillé présent dans la source doit se retrouver dans le texte traduit.
Libris Translate vérifie exactement cela. Quand la source d’un passage contient un terme verrouillé et que sa traduction ne contient pas la traduction verrouillée, le passage reçoit le constat « Traduction verrouillée absente ». C’est une erreur. Elle ne devient un avertissement que si la source ne désigne peut-être pas le terme : un caractère chinois ou japonais isolé, qui figure aussi dans d’autres mots, ou un nom fait de lettres seules que la source n’emploie qu’en début de phrase, où il pourrait être un mot ordinaire. Le contrôle lit le texte lui-même : un passage ne le franchit pas parce que le modèle affirme avoir suivi le glossaire.
Changer d’avis sans tout recommencer
Vous changerez une décision en cours de route, et mieux vaut le faire que garder un mauvais nom sur trois cents pages.
Quand vous enregistrez un terme, Libris Translate marque les passages concernés à réévaluer, compte où l’ancien mot apparaît encore dans les passages déjà traduits et propose de l’y remplacer, sans appeler de modèle. Dans une série, un terme accepté au niveau de la série s’impose aux volumes suivants, sauf si un volume garde explicitement sa propre traduction.
Ce que cette méthode ne fait pas
Elle ne rend pas une traduction littéraire. Le glossaire et les contrôles tiennent les noms ; le style, le rythme et la voix demandent toujours un lecteur. Une traduction cohérente est la condition d’une bonne traduction, pas sa preuve.
Pour aller plus loin : les guides Glossaires, Personnages et identités et Analyse et traduction décrivent chaque écran cité ici.